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SUKUK BRVM 766 MDS FCFA · 1ère PLACE AFRICAINEBANQUES ISLAMIQUES UEMOA : BIS, BINTAKAFUL : CROISSANCE 2 CHIFFRES AFRIQUE/ASIEBCEAO 3,00% · RÉFÉRENCE MACRO RÉGIONALESUKUK BRVM 766 MDS FCFA · 1ère PLACE AFRICAINEBANQUES ISLAMIQUES UEMOA : BIS, BINTAKAFUL : CROISSANCE 2 CHIFFRES AFRIQUE/ASIEBCEAO 3,00% · RÉFÉRENCE MACRO RÉGIONALE
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Sukuk en UEMOA : fenêtre ouverte, mais le marché secondaire reste le maillon manquant
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Sukuk en UEMOA : fenêtre ouverte, mais le marché secondaire reste le maillon manquant

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✓ DAILIX FINANCE· 03 juillet à 22:33· 13 min de lecture

Entre le sukuk Ijara du Burkina Faso à 6,80% et le sukuk international inaugural du Bénin à 500 M USD, l'Afrique de l'Ouest francophone franchit un cap historique en finance islamique — mais un verrou structurel persiste, menaçant la liquidité et l'appétit des investisseurs.

En moins de six mois, deux émissions souveraines ont transformé la physionomie du marché sukuk ouest-africain. Le 22 janvier 2026, le Bénin devenait le premier État africain à placer un sukuk international inaugural sur les marchés mondiaux, levant 500 millions de dollars à maturité sept ans. Le 26 juin 2026, le Burkina Faso ouvrait à son tour les souscriptions de son FCES Sukuk Burkina Renaissance, 75 milliards de FCFA sur neuf ans, à une marge bénéficiaire de 6,80%. Ces deux opérations, radicalement différentes dans leur format et leur public cible, signalent une même conviction : le sukuk est passé du statut de curiosité exotique à celui d'instrument de dette souveraine à part entière dans l'espace UEMOA. Pour les décideurs d'entreprise et les trésoriers d'État, la fenêtre d'opportunité est ouverte — mais un verrou structurel, le marché secondaire, pourrait limiter l'essor du segment si aucune action n'est engagée dans les trente prochains jours.

Le sukuk est passé en UEMOA du statut de curiosité exotique à celui d'instrument de dette souveraine — le marché secondaire reste le seul verrou à lever.

La mécanique Ijara décryptée

Le sukuk ne s'improvise pas. Derrière chaque émission se cache une architecture juridique et financière rigoureuse, dont la structure Ijara (location-financement) est aujourd'hui la plus répandue en UEMOA. Dans ce montage, l'État transfère l'usufruit de bâtiments publics à un véhicule dédié — le Fonds Commun d'Émission de Sukuk (FCES) — qui lève les fonds auprès des investisseurs. Le FCES loue ensuite ces actifs à l'État en échange de loyers semestriels, redistribués aux porteurs de parts à titre de profit. À maturité, les actifs sont rétrocédés à l'État qui rembourse le principal. C'est précisément ce schéma qui structure le Sukuk Burkina Renaissance : l'État met à disposition des actifs publics identifiés dans un FCES, les investisseurs perçoivent des loyers proportionnels à leur participation, et les projets concernés incluent des routes, des écoles et des hôpitaux prioritaires définis par le Bureau national des grands projets du Burkina. Cette structuration n'exige pas de garantie souveraine classique, ce qui représente un avantage comptable et budgétaire tangible pour l'émetteur.

Contrairement à l'Ijara, la structure Murabaha (vente à prix majoré différé) convient mieux aux financements de court terme ou de matières premières, et ne génère pas de certificats aisément négociables sur un marché secondaire — un handicap rédhibitoire pour les émissions publiques de grande taille. La Musharaka (co-investissement en capital) implique un partage des pertes que peu d'États souverains acceptent formellement. La Wakala (mandat de gestion), très prisée au CCG et en Malaisie, offre une flexibilité dans l'allocation des actifs sous-jacents, mais exige un niveau de transparence sur les actifs géré que les marchés africains ne garantissent pas encore systématiquement. Le choix de l'Ijara par le Burkina Faso et par la Côte d'Ivoire — qui a également émis un Sukuk Ijara de 50 milliards de FCFA plus tôt en 2026 — reflète une standardisation régionale en cours, favorable à la comparabilité des instruments et, à terme, à la liquidité secondaire.

L'équipe technique d'Image Finance Internationale, arrangeur du Sukuk Burkina Renaissance, a obtenu la certification de conformité islamique auprès d'un Comité Charia dédié, validation indispensable pour crédibiliser l'émission auprès des investisseurs institutionnels de la finance islamique, notamment ceux du Golfe. La Banque Islamique du Sénégal (BIS), adossée au Groupe de la Banque Islamique de Développement, assure la fonction de co-arrangeur et dépositaire, apportant son réseau et sa notoriété dans l'écosystème islamique international.

Bénin et Burkina : deux modèles, une même logique

Les deux émissions de 2026 illustrent deux trajectoires complémentaires, mais leurs enseignements divergent sur des points essentiels que tout décideur doit assimiler. Le Bénin a réalisé le 22 janvier 2026 une opération historique : premier État africain à émettre un sukuk souverain international de cette envergure, avec un montant nominal de 500 millions de dollars, une maturité de sept ans et un coupon effectif de 4,92% en euros, obtenu grâce à une couverture de change dollar-euro intégrale. La demande a dépassé toute attente : le livre d'ordres a culminé à plus de 3,9 milliards de dollars pour la seule tranche islamique, et au-delà de 7 milliards de dollars en incluant la réouverture de l'Eurobond 2038, soit une sursouscription supérieure à huit fois le montant émis. Cette performance est le fruit d'un travail de marketing financier engagé dès 2025, avec des roadshows organisés à Doha, Abu Dhabi, Dubaï et Londres.

Le Burkina Faso opère sur un registre différent mais tout aussi stratégique. Son FCES Sukuk Burkina Renaissance 6,80% 2026-2035 est une opération régionale par appel public à l'épargne, adressée aussi bien aux institutionnels qu'aux particuliers, avec une valeur nominale unitaire délibérément fixée à 10 000 FCFA pour élargir la base des souscripteurs. La période de souscription court du 26 juin au 17 juillet 2026. Confronté à un environnement sécuritaire exigeant et à des relations tendues avec certains partenaires bilatéraux traditionnels, Ouagadougou cherche à démontrer sa capacité à mobiliser des ressources sur les marchés régionaux tout en inscrivant durablement la finance islamique parmi les piliers de sa politique d'endettement, aux côtés des bons et obligations du Trésor classiques.

Le Bénin ouvre ainsi la voie internationale, le Burkina consolide le créneau régional : ensemble, ces deux opérations montrent que le sukuk souverain en Afrique de l'Ouest peut s'adresser simultanément aux fonds du Golfe et à l'épargne des ménages locaux. La question de la notation occupe une place centrale dans les deux cas. Le sukuk béninois bénéficie de la notation souveraine du pays (B+ pour Fitch, perspectives positives), tandis que le sukuk burkinabè affiche une notation BB+ stable attribuée par GCR (Global Credit Rating), agence de notation africaine, un niveau rassurant pour des investisseurs régionaux mais insuffisant pour ouvrir largement les portes du marché institutionnel international.

La notation : arbitre silencieux des coûts d'émission

La notation des sukuk obéit à une double logique qui échappe à beaucoup d'émetteurs. D'un côté, les agences évaluent le risque de crédit de l'émetteur souverain ou corporate, comme pour toute obligation ; de l'autre, elles analysent la solidité juridique du montage (transfert effectif d'actifs, séparation patrimoniale du FCES, recours en cas de défaut), ce qui peut aboutir à une notation supérieure ou inférieure à celle de l'émetteur, selon la robustesse de la structuration. Dans l'espace UEMOA, GCR West Africa s'est imposée comme l'agence de référence pour les sukuk régionaux. Anouar Hassoune, son directeur général pour l'Afrique de l'Ouest, formule un diagnostic structurel : 45% des populations africaines sont musulmanes, les besoins de financement sont considérables, et les banques, contraintes par leurs fonds propres, ne pourront pas canaliser seules tous les financements nécessaires — les marchés de capitaux islamiques prendront donc inévitablement le relais.

La notation BB+ du Sukuk Burkina Renaissance constitue à la fois un atout et une contrainte. Elle rassure suffisamment l'épargne régionale — banques locales, assureurs, OPCVM — mais reste en dessous du seuil investment grade qui déclencherait l'intérêt des grands fonds institutionnels du Golfe ou d'Asie du Sud-Est. Pour un émetteur souhaitant accéder à ces bassins de liquidité plus profonds, la solution passe par une amélioration de crédit externe : garantie partielle de la BOAD, de la SFI, ou du Fonds africain de développement. Ces mécanismes existent, sont documentés, et permettent théoriquement de rehausser d'un à deux crans la notation d'une émission, réduisant mécaniquement le coupon servi aux investisseurs.

Since 2014, le Sénégal avait montré la voie avec son Sukuk Etat du Sénégal 6,25% 2014-2018 (100 milliards de FCFA), opération fondatrice, suivi d'un second sukuk à 200 milliards de FCFA en 2016. La Côte d'Ivoire avait émis ses propres sukuk Ijara à 150 puis 160 milliards de FCFA entre 2015 et 2023. Le Togo avait levé 156 milliards de FCFA à 6,50% sur 2016-2026. Le Mali a suivi avec 150 milliards de FCFA à 6,25%. Cumulées, ces émissions historiques ont porté l'encours des sukuk cotés à la BRVM à 766 milliards de FCFA répartis sur 5 titres, faisant de la BRVM la première place africaine de cotation de sukuk. Chaque opération a renseigné le marché sur le niveau de prime de risque islamique accepté par les investisseurs régionaux, créant progressivement une courbe de référence implicite.

Le marché secondaire : talon d'Achille de l'ensemble du dispositif

C'est là que réside le risque le plus immédiat pour les décideurs. Dans la zone UEMOA, le marché secondaire des sukuk reste structurellement atrophié. Les investisseurs adoptent massivement une stratégie « buy and hold » — achat et conservation jusqu'à maturité — ce qui limite les échanges secondaires, empêche la formation d'un prix de marché transparent et réduit l'attractivité des sukuk pour les investisseurs institutionnels soumis à des contraintes de liquidité. Les titres sont peu échangés, ce qui limite la rotation et la formation des prix. Cette faiblesse complique la valorisation des sukuk et réduit leur attractivité pour certains investisseurs institutionnels, malgré une demande réelle pour des instruments conformes à la finance islamique.

La BRVM a identifié ce problème depuis plusieurs années et insiste sur la nécessité de créer un véritable marché secondaire pour les sukuk afin de leur permettre d'être liquides et d'accroître leur attractivité pour les investisseurs, notamment particuliers. Deux leviers sont sur la table : la création d'un indice islamique à la BRVM, en partenariat avec l'ICD (Islamic Corporation for the Development of the Private Sector), pour attirer les fonds internationaux spécialisés ; et la tokenisation des sukuk — leur représentation sous forme de jetons numériques — susceptible de fractionner les titres, d'accroître la transparence des flux et d'améliorer la liquidité secondaire. Ces initiatives restent expérimentales dans la zone UEMOA, mais leur mise en œuvre dans les douze prochains mois conditionne directement l'approfondissement du marché.

Le marché secondaire des titres publics conventionnels de l'UEMOA affiche, lui, une dynamique impressionnante en 2026 : selon les données d'UMOA-Titres, le volume global échangé atteignait près de 160 milliards de FCFA sur la seule semaine du 11 au 15 mai 2026. Le contraste est saisissant : le marché obligataire conventionnel dispose d'une liquidité secondaire opérationnelle, là où les sukuk cotés restent quasi-immobiles. Combler cet écart est une urgence de gouvernance de marché.

Le vide corporate : l'opportunité à 30 jours pour les entreprises

Si l'UEMOA compte désormais plusieurs émetteurs souverains expérimentés, le segment corporate reste, lui, quasiment vierge. Le constat posé lors de la 1ère édition de la Rencontre Africaine de la Finance Islamique (RAFI), tenue le 31 janvier 2026 à Dakar, est sans appel : le marché des sukuk est largement dominé par les émissions souveraines, et le segment corporate reste inexploité faute d'émetteurs structurés et d'écosystème financier mature. L'UEMOA ne compte que deux banques islamiques pures — la Banque Islamique du Sénégal (BIS) et la Banque Islamique du Niger (BIN) — et les fenêtres islamiques des banques conventionnelles sont encore embryonnaires.

Pourtant, plusieurs secteurs ont été identifiés comme pouvant porter des émissions de sukuk corporate : énergie (électricité, hydrocarbures), infrastructure, agro-industrie. La logique est implacable : les entreprises africaines opèrent dans l'économie réelle, avec des actifs tangibles — routes à péage, centrales solaires, entrepôts frigorifiques — qui se prêtent parfaitement à la structuration Ijara ou Wakala. TAIBA TITRISATION, société de gestion agréée sur le marché financier régional et filiale de la Banque Islamique du Sénégal, a structuré depuis sa création des opérations de sukuk représentant un volume cumulé proche de 1 000 milliards de FCFA, mais ce niveau reste marginal rapporté à l'ensemble des besoins de financement des États de l'Union, estimés à plusieurs milliers de milliards de FCFA par an. Pour une entreprise régionale disposant d'actifs immobiliers ou d'infrastructures générateurs de cash-flows stables, mandater dès maintenant un arrangeur pour évaluer la faisabilité d'un sukuk corporate Ijara ou Wakala, c'est se positionner en premier entrant sur un segment où la prime de nouveauté est encore réelle.

Le référentiel international : ce que l'UEMOA doit regarder

Pour comprendre où se situe l'UEMOA dans l'écosystème mondial du sukuk, la comparaison avec les marchés de référence est éclairante. La Malaisie dispose du marché sukuk le plus profond et le plus liquide au monde, avec un cadre réglementaire intégré, des agences de notation islamiques spécialisées, des indices de référence fournis et un marché secondaire actif géré par Bursa Malaysia et Bank Negara. L'Arabie Saoudite et les EAU ont institutionnalisé le sukuk comme outil de financement de Vision 2030 et d'Abu Dhabi Economic Vision, drainant des centaines de milliards de dollars de liquidité islamique internationale. L'Indonésie combine sukuk souverains et retail sukuk, ces derniers accessibles au grand public en coupures très petites, générant une base d'investisseurs de masse qui stabilise le marché.

La leçon principale à tirer de ces marchés matures est la suivante : la liquidité secondaire n'émerge pas spontanément — elle se construit par une politique délibérée d'animation de marché, impliquant des teneurs de marché (market makers) institutionnels, des règles de transparence des prix publiés en temps réel, et une standardisation des documentations juridiques. Aucun de ces trois éléments n'est pleinement opérationnel sur le segment sukuk de l'UEMOA aujourd'hui. La Malaisie a mis dix ans à construire cet édifice ; l'UEMOA part avec un avantage : un encours de 766 milliards de FCFA sur lequel construire, un cadre réglementaire de l'AMF-UMOA en place depuis 2018, et le précédent du sukuk béninois international pour attirer les institutionnels du Golfe. Le potentiel d'accélération est réel, à condition que la volonté politique et l'ingénierie de marché convergent rapidement.

Ce que doit faire un décideur dans les trente jours

La conjonction du sukuk Burkina Renaissance (souscriptions jusqu'au 17 juillet 2026), de l'émission Ijara de la Côte d'Ivoire (50 milliards de FCFA, 2026), et de la dynamique générée par le sukuk international béninois crée une fenêtre de marché rare. Pour un trésorier d'État ou un directeur financier d'entreprise de la zone UEMOA, trois actions concrètes s'imposent avant la fin juillet 2026.

Premièrement, toute institution disposant d'actifs immobiliers publics ou privés — bâtiments administratifs, entrepôts logistiques, centrales énergétiques — doit mandater immédiatement un conseil juridique et un arrangeur spécialisé pour évaluer leur éligibilité à une structuration Ijara ou Wakala. La documentation de ce type d'opération prend en moyenne quatre à six mois ; commencer maintenant, c'est se positionner pour une émission au premier trimestre 2027, lorsque le marché aura absorbé les émissions en cours.

Deuxièmement, les investisseurs institutionnels — fonds de pension, compagnies d'assurance, OPCVM — doivent inscrire dès aujourd'hui à leur comité d'investissement la question de l'allocation sur les sukuk cotés à la BRVM. Ces cinq titres, représentant 766 milliards de FCFA d'encours, constituent une classe d'actifs conforme à la Charia, adossée à des actifs souverains et offrant des rendements supérieurs au taux directeur de la BCEAO (3,00%), avec des maturités longues qui correspondent aux engagements de long terme de ces institutions.

Troisièmement, tout État de l'UEMOA envisageant une émission sukuk en 2027 doit s'engager dès à présent dans un dialogue avec l'AMF-UMOA, la BCEAO et la BRVM pour pousser la mise en place d'un mécanisme de tenue de marché sur le compartiment sukuk. Sans ce catalyseur institutionnel, le marché secondaire restera anémique, et le coût de la prochaine émission sera systématiquement majoré par la prime d'illiquidité que les investisseurs exigent en l'absence de sortie garantie.

La finance islamique en UEMOA a cessé d'être une expérience. Elle est devenue un segment de marché avec ses acteurs (Image Finance Internationale, TAIBA TITRISATION, BIS, BIN, GCR West Africa), ses émetteurs récurrents (Sénégal, Côte d'Ivoire, Togo, Mali, Burkina Faso, Bénin) et, depuis janvier 2026, un pont avec les marchés internationaux du Golfe et d'Asie. Le maillon manquant — le marché secondaire — n'est pas une fatalité. C'est un chantier dont les décideurs d'aujourd'hui détermineront l'échéance : soit dans trente jours, par des décisions concrètes, soit dans trois ans, par défaut, avec un marché qui sera resté sous son potentiel.

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Dailix Finance
Rédaction finance islamique