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SUKUK BRVM 766 MDS FCFA · 1ère PLACE AFRICAINEBANQUES ISLAMIQUES UEMOA : BIS, BINTAKAFUL : CROISSANCE 2 CHIFFRES AFRIQUE/ASIEBCEAO 3,00% · RÉFÉRENCE MACRO RÉGIONALESUKUK BRVM 766 MDS FCFA · 1ère PLACE AFRICAINEBANQUES ISLAMIQUES UEMOA : BIS, BINTAKAFUL : CROISSANCE 2 CHIFFRES AFRIQUE/ASIEBCEAO 3,00% · RÉFÉRENCE MACRO RÉGIONALE
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Finance islamique en UEMOA : le grand réveil des sukuk souverains
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Finance islamique en UEMOA : le grand réveil des sukuk souverains

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✓ DAILIX FINANCE· 03 juillet à 00:57· 12 min de lecture

Du Bénin au Burkina Faso, les obligations islamiques s'imposent comme un levier de financement incontournable pour les États ouest-africains en quête de diversification.

Il y a dix-huit mois, rares étaient les directeurs financiers d'entreprises ou de ministères ouest-africains capables de définir précisément un sukuk sans hésiter. Aujourd'hui, l'actualité les y force : le 22 janvier 2026, le Bénin émettait 500 millions de dollars de sukuk sur les marchés internationaux, une première historique à cette échelle pour la région. Six mois plus tard, le 26 juin 2026, le Burkina Faso lançait à son tour 75 milliards de FCFA de sukuk souverain sur neuf ans. Dans le même temps, la BRVM affiche ce jeudi 3 juillet 2026 un indice Composite en hausse à 460,55 points (+0,7 %), signe d'un marché régional en appétit. La finance islamique n'est plus un sujet de niche académique : elle est en train de remodeler l'architecture du financement public en Afrique de l'Ouest, et bientôt, peut-être, celle du financement privé.

Les sukuk ne sont plus réservés aux souverains : la prochaine révolution sera corporate.

Qu'est-ce qu'un sukuk, vraiment ?

Imaginez que vous possédez un immeuble de bureaux à Dakar. Vous avez besoin de liquidités, mais vous ne souhaitez pas emprunter à intérêt. Voici ce que vous faites : vous vendez l'usufruit de cet immeuble — c'est-à-dire le droit d'en percevoir les loyers pendant dix ans — à un groupe d'investisseurs via des certificats négociables. Ces certificats, c'est exactement ce qu'est un sukuk. Chaque porteur détient une fraction d'un actif réel, générateur de revenus, et perçoit sa part de loyer en lieu et place d'un intérêt.

C'est fondamentalement différent d'une obligation classique, où l'émetteur emprunte de l'argent et promet de le rembourser avec intérêts — quoi qu'il arrive à son activité. Dans un sukuk, comme l'explique l'économiste Abdoulaye Ndiaye, "l'investisseur reçoit une part des revenus générés par un actif réel, comme une route, un bâtiment de l'État ou une infrastructure qui sert de support à l'opération." La rémunération n'est donc pas un intérêt fixe détaché de toute réalité économique : elle provient des performances d'un actif tangible.

Cette distinction n'est pas qu'un artifice théologique. Elle a des conséquences pratiques majeures : un sukuk attire des investisseurs qui, pour des raisons éthiques ou religieuses, refusent les produits à intérêt — notamment les fonds souverains du Golfe, les gestionnaires d'actifs malaisiens, les compagnies d'assurance islamiques (Takaful). En élargissant ainsi la base d'investisseurs, un État peut, dans les meilleures conditions, emprunter moins cher ou sur des maturités plus longues qu'avec une obligation conventionnelle.

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Le Bénin et Burkina Faso, pionniers d'un nouveau cycle

Le sukuk international du Bénin, lancé le 22 janvier 2026 pour 500 millions de dollars sur sept ans, marque un tournant qualitatif pour toute la région. C'est la première fois qu'un État membre de l'UEMOA émet un sukuk d'une telle envergure sur les marchés internationaux, en dehors du seul marché régional de la BRVM. L'opération a suscité l'enthousiasme des professionnels : lors de la 1ère Rencontre Africaine de la Finance Islamique (RAFI), tenue le 31 janvier 2026 à Dakar, le modérateur Anouar Assoune, Managing Director de GCR Rating, qualifiait ce moment d'"historique pour notre région."

Dans la foulée, le Burkina Faso a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de financement public avec le lancement officiel, le 26 juin 2026, d'un sukuk souverain de 75 milliards de FCFA. Arrangée par Image Finance Internationale — SGI de référence en finance islamique au Burkina — l'émission porte sur une maturité de neuf ans (2026-2035) et offre une marge de profit annuelle de 6,80 %. Les certificats, émis à une valeur nominale de 10 000 FCFA, visent aussi bien les investisseurs institutionnels que les particuliers. L'opération bénéficie d'une notation BB+ avec perspective stable, un niveau qui devrait soutenir l'appétit des investisseurs dans un contexte de forte concurrence pour la liquidité régionale.

Ce taux de 6,80 % mérite d'être mis en perspective : il s'inscrit dans un environnement où le taux directeur de la BCEAO a été abaissé à 3,00 % le 16 mars 2026 (baisse de 25 points de base), mais où le taux interbancaire à une semaine ressort à 4,23 %, reflétant des conditions de liquidité encore tendues. La prime de 256 points de base par rapport au taux interbancaire rémunère à la fois le risque souverain sahélien, la complexité de structuration et la prime d'illiquidité sur un instrument encore peu connu. Le recours au sukuk s'inscrit dans une stratégie plus large consistant à allonger la maturité de la dette publique, à réduire les risques de refinancement et à renforcer la résilience du financement souverain.

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La BRVM, première place africaine des sukuk cotés

Un chiffre résume à lui seul la dynamique en cours : la BRVM héberge aujourd'hui 5 sukuk cotés représentant 766 milliards de FCFA d'encours, ce qui en fait la première place africaine pour les sukuk cotés. C'est le résultat d'une accumulation d'émissions souveraines depuis 2014, quand le Sénégal avait réalisé le tout premier sukuk souverain de la région pour 100 milliards de FCFA. Entre 2014 et 2022, Dakar a mobilisé 580 milliards de FCFA à travers trois opérations successives, adossées à des actifs aussi variés que l'aéroport Léopold Sédar Senghor, le pôle urbain de Diamniadio ou des réseaux d'éclairage public.

Ces succès n'ont pas été obtenus sans frictions. Comme le soulignait Mme Oulimata Ndiaye Diassé, Directeur de UMOA-Titres, lors de la RAFI de janvier 2026 : entre 2016 et 2018, plusieurs États de l'UEMOA — Sénégal, Côte d'Ivoire, Togo, Burkina Faso — ont recouru à cet instrument, mais cet élan s'est progressivement ralenti, les États privilégiant des instruments jugés plus simples et moins coûteux à structurer. Le sukuk exige en effet une architecture juridique et financière plus sophistiquée qu'une obligation classique : transfert d'actifs, création d'un véhicule de titrisation dédié (souvent un Fonds Commun de Titrisation de Créances), validation par un Conseil de conformité charia, et gestion de flux spécifiques.

Dans ce contexte, la fiscalité constitue un verrou majeur. Le Code des investissements et les dispositifs fiscaux existants dans l'espace UEMOA ne tiennent pas toujours compte des mécanismes propres aux sukuk, tels que l'absence d'intérêt et la structuration via véhicules spécifiques. Les schémas propres aux sukuk — impliquant des cessions d'actifs, des véhicules dédiés et des flux multiples — peuvent générer des coûts fiscaux additionnels par rapport aux obligations classiques, réduisant d'autant l'avantage de taux. C'est l'un des chantiers prioritaires identifiés par les participants à la RAFI.

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Murabaha, Ijara, Musharaka : trois outils, trois logiques

Dernière la finance islamique se cachent plusieurs instruments distincts, dont trois dominent largement le paysage ouest-africain. Comprendre leur différence, c'est comprendre comment une banque islamique peut financer votre entreprise sans jamais vous prêter un seul franc à intérêt.

La **Murabaha** est la plus courante. Imaginez que vous voulez acheter un camion à 50 millions de FCFA mais que vous n'avez pas la trésorerie. Une banque islamique vous propose d'acheter elle-même le camion au fournisseur, puis de vous le revendre à 57 millions, payables en 36 mensualités. La différence de 7 millions n'est pas un intérêt : c'est une marge commerciale sur une vente réelle d'un bien tangible. La banque a bien acheté le camion, elle en a supporté le risque de propriété (même brièvement), puis elle vous l'a cédé. Ce mécanisme représente, dans la plupart des banques islamiques d'Afrique de l'Ouest, plus de 60 % des financements accordés.

L'**Ijara** est le leasing islamique. La banque achète l'actif (une machine, un immeuble, un avion) et vous en loue l'usage contre des loyers périodiques. Elle reste propriétaire juridique jusqu'à la fin du contrat, où vous pouvez acquérir l'actif pour une valeur résiduelle. C'est ce mécanisme qui est au cœur des sukuk souverains de la région : l'État cède l'usufruit d'actifs publics à un véhicule de titrisation, qui verse en retour des « loyers » aux détenteurs de sukuk. Les 1 180 milliards de FCFA mobilisés sur le marché financier régional entre 2018 et 2022 via sukuk l'ont été quasi exclusivement sous format Ijara.

Enfin, la **Musharaka** est un mécanisme de co-investissement : la banque et l'entreprise s'associent, partagent les profits selon une clé prédéfinie et les pertes au prorata des apports. Plus risqué pour la banque, ce mécanisme reste encore rare dans l'UEMOA, mais il est au cœur des ambitions des nouveaux fonds d'investissement islamiques. En avril 2026, Khuwaylid Capital, fondé par la Sénégalaise Diago Dieye — structuré selon les standards de l'AAOIFI —, annonçait ses premiers investissements en capital et quasi-capital dans des PME au Sénégal, une première en Afrique de l'Ouest pour un fonds purement islamique.

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L'AAOIFI : le code de la route de la finance islamique mondiale

Si la finance islamique dispose d'un code de la route universellement reconnu, c'est l'AAOIFI — Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions — qui en est l'auteur. Fondée en février 1990 et établie à Manama (Bahreïn), cette organisation internationale à but non lucratif regroupe plus de 155 membres à travers 40 pays, dont des banques centrales et des institutions financières islamiques. Sa mission : développer et harmoniser les normes comptables et les standards relevant de la charia dans l'industrie financière islamique mondiale.

Concrètement, l'AAOIFI joue pour la finance islamique le rôle que jouent les IFRS pour la comptabilité classique : elle définit comment comptabiliser une Murabaha, comment structurer un sukuk, comment contrôler la conformité charia d'un produit Takaful. Sans ces normes, chaque institution inventerait ses propres règles, rendant impossible toute comparaison entre produits et toute confiance des investisseurs internationaux. Son conseil de gouvernance éthique (AGEB) a approuvé son plan de travail 2026, qui priorise notamment le développement de standards pour la banque numérique islamique et la conversion d'institutions conventionnelles vers le modèle islamique — deux enjeux directement pertinents pour l'UEMOA.

En Afrique de l'Ouest, l'appropriation des normes AAOIFI reste encore partielle. Le cadre réglementaire régional de la finance islamique, instauré par la BCEAO en mars 2018 seulement, n'impose pas encore formellement les standards AAOIFI aux établissements de la zone. C'est précisément ce qui fragilise la crédibilité des produits islamiques locaux aux yeux des grands investisseurs du Golfe ou d'Asie, qui exigent une conformité rigoureuse et documentée. Le Fonds Khuwaylid Capital, en structurant ses produits selon les standards AAOIFI avec l'appui d'un expert formé à l'INCEIF de Malaisie, fait figure d'exception pionnière — et d'exemple à généraliser.

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Le Takaful, grand absent du paysage financier islamique UEMOA

Si les sukuk captent l'essentiel de l'attention médiatique, le Takaful — l'assurance islamique — demeure le grand angle mort de l'écosystème financier islamique ouest-africain. Le Takaful repose sur un principe de solidarité mutuelle : les participants contribuent à un fonds commun, géré séparément des fonds de l'opérateur, et les sinistres sont couverts par ce fonds collectif. L'opérateur perçoit une commission de gestion (Wakala) et parfois une part des profits du fonds (Mudaraba), mais ne s'enrichit jamais directement sur le malheur des assurés — contrairement au modèle conventionnel où la prime encaissée reste au compte de l'assureur.

Dans l'UEMOA, le marché de l'assurance est régi par le Code CIMA, qui ne dispose toujours pas d'un cadre juridique dédié au Takaful. Résultat : là où la Malaisie compte plusieurs dizaines d'opérateurs Takaful agréés et où les contributions mondiales au Takaful dépassent 30 milliards de dollars, l'Afrique de l'Ouest n'offre quasiment aucun produit d'assurance islamique formellement structuré et agréé. Cela pénalise directement les entreprises et ménages souhaitant une couverture conforme à leurs convictions, mais aussi les banques islamiques qui peinent à proposer des packages complets (financement + assurance charia-compatibles) à leurs clients.

L'adaptation du Code CIMA pour intégrer le Takaful constitue l'un des chantiers législatifs les plus urgents pour compléter l'architecture de la finance islamique en UEMOA. En 2026, l'AAOIFI travaille précisément sur des standards relatifs à la réassurance conventionnelle par les institutions Takaful — un signal que le régulateur international reconnaît l'urgence du problème. Pour les dirigeants d'entreprise, l'absence de Takaful signifie concrètement qu'ils ne peuvent pas construire un bilan 100 % charia-compatible, même s'ils bénéficient d'un financement Murabaha ou Ijara par ailleurs.

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Banques islamiques et sukuk corporate : les deux défis de la décennie

L'UEMOA ne compte aujourd'hui que deux banques islamiques pures : la Banque Islamique du Sénégal (BIS) et la Banque Islamique du Niger (BIN). Ce cadre réglementaire n'existe que depuis mars 2018, date à laquelle la BCEAO a défini les règles applicables aux banques proposant des solutions de finance islamique. Hors de ces deux établissements, la finance islamique se pratique via des "fenêtres islamiques" adossées à des banques conventionnelles — Coris Bank International (qui a lancé son offre CBI Baraka en 2015 avec le soutien de la Banque Islamique de Développement) étant le cas le plus avancé, couvrant désormais plusieurs pays de l'UEMOA.

Le véritable défi des années à venir est le développement des sukuk corporate — c'est-à-dire émis par des entreprises privées, et non par des États. Actuellement, les sukuk corporate sont quasi inexistants dans la zone UEMOA. Les freins sont multiples : complexité et coût de structuration, absence de culture financière islamique chez les dirigeants de PME, fiscalité inadaptée, et faible profondeur du marché secondaire. Pourtant, la demande potentielle est réelle : dans une région où plus de 60 % de la population est musulmane et où une fraction significative d'entrepreneurs refuse les financements à intérêt par conviction, l'offre islamique est structurellement sous-dimensionnée.

La croissance de l'UEMOA à 6,7 % en 2025, combinée à une inflation quasi nulle en février 2026 (-0,1 %), crée un contexte macroéconomique favorable à l'émergence de ces instruments. Des 36 Sociétés de gestion et d'intermédiation (SGI) reconnues par l'APSGI-UEMOA, de plus en plus s'intéressent à la structuration de produits islamiques. La BRVM affiche ce 3 juillet 2026 des hausses significatives — SICC +7,45 %, CABC +7,40 % — signe d'une liquidité active sur le marché régional, qui pourrait profiter à de futurs sukuk corporate bien structurés. Le directeur général de la BRVM, Dr Edoh Kossi Amenounve, l'a d'ailleurs dit sans détour : "La finance structurée n'est pas une option, mais une nécessité pour soutenir la croissance africaine."

La prochaine décennie sera décisive. Les États ont prouvé que la demande existe — le Togo enregistrait une couverture de 283 % lors de son adjudication du 26 juin 2026, témoignant d'une épargne régionale abondante en quête de rendement. Il reste à convaincre les entreprises que la finance islamique n'est pas réservée aux seuls souverains, et que Murabaha, Ijara et sukuk corporate peuvent financer une usine à Abidjan, un entrepôt à Lomé ou un projet agricole à Kaffrine aussi efficacement qu'un crédit bancaire classique. Le cadre réglementaire, la fiscalité et la formation des acteurs sont les trois leviers sur lesquels la BCEAO, les gouvernements et les institutions comme l'AAOIFI devront agir de concert pour transformer ce potentiel en réalité économique tangible.

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Dailix Finance
Rédaction finance islamique